Les nouveaux traitements anti-amyloïdes contre la maladie d'Alzheimer présentent plus de risques que d'avantages
Ces médicaments n'ont probablement aucun effet cliniquement pertinent
LONDRES - Selon une vaste étude systématique, les principes actifs contre la maladie d'Alzheimer, tels que le Lecanemab et le Donanemab, qui suscitaient au départ de grands espoirs, n'auraient guère d'intérêt clinique, mais présenteraient en revanche certains risques. C'est ce qu'annonce l'organisation britannique de référence Cochrane.
Kisunla en Suisse
Le lecanemab (nom commercial Leqembi, non commercialisé en Suisse selon nos recherches) et le donanemab (nom commercial Kisunla) font partie d'un groupe de principes actifs qui ciblent directement les dépôts protéiques dans le cerveau, associés à la mort des cellules nerveuses dans la maladie d'Alzheimer. Trois anticorps monoclonaux ciblant l'amyloïde-bêta ont obtenu aux Etats-Unis l'aval de la FDA : le défunt Aduhelm, le Leqembi (Biogen et Eisai) et le Kisunla (Eli Lilly).
« Malheureusement, les résultats indiquent que ces médicaments n'apportent pas de différence notable pour les patients », explique l'auteur principal de l'étude, Francesco Nonino, de l'Institut IRCCS des sciences neurologiques de Bologne. « Il existe désormais des preuves convaincantes qui permettent de conclure qu'il n'y a pas d'effet cliniquement significatif. » Si des études antérieures avaient montré des résultats statistiquement significatifs, il convient toutefois de distinguer cela de la pertinence clinique.
Vaste étude
Pour son analyse, l'équipe de recherche a évalué 17 études cliniques menées par les laboratoires pharmaceutiques, qui regroupent les données de plus de 20 000 patients des groupes concernés, à savoir les patients atteints de la maladie d'Alzheimer présentant une légère déficience cognitive ou une démence légère. Ces principes actifs visent précisément ces patients afin de ralentir quelque peu le déclin cognitif à un stade précoce de la maladie d'Alzheimer.
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Risque d'effets secondaires légèrement accru
Concrètement, il a été examiné les effets d'un traitement de 18 mois avec les anticorps respectifs. Il s'est avéré qu'il n'y avait que peu ou pas d'effet sur les symptômes de démence des patients, sur le déclin de leurs capacités mentales ou sur leur capacité à accomplir les tâches quotidiennes.
Cependant, il est apparu que les patients traités par des anticorps présentaient un peu plus souvent des œdèmes cérébraux et des hémorragies cérébrales que ceux qui avaient reçu un placebo à la place.
Les auteurs citent eux-mêmes la courte durée de l'étude comme une faiblesse de leur travail. Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour identifier d'éventuels effets à long terme.
L'équipe recommande néanmoins de se concentrer sur d'autres mécanismes d'action pour le développement de médicaments contre la maladie d'Alzheimer.
Ce n'est pas la première indication de ce type
Peter Berlit, secrétaire général de la Société allemande de neurologie, ne trouve pas surprenants les résultats de l'analyse Cochrane. Toutes les études sur les anticorps anti-bêta-amyloïdes ont été évaluées ensemble, y compris celles portant sur des substances dont le développement a déjà été abandonné en raison d'un profil bénéfice-risque défavorable, a-t-il déclaré à l'Agence de presse allemande. Les conclusions des experts Cochrane vont dans le même sens que celles auxquelles est récemment parvenu le Comité fédéral commun des médecins, des caisses d’assurance maladie et des cliniques (G-BA) concernant le lécanemab, commercialisé en Allemagne depuis l’automne dernier. Dans ce cas, le traitement n’a toutefois pas été comparé à un placebo, mais à d’autres méthodes thérapeutiques courantes visant à combattre les symptômes.
Union européenne (UE) et Suisse
Dans l'UE, le Leqembi et le Kisunla ne peuvent être administrés qu'aux patients qui ne possèdent qu'une seule copie du gène ApoE4, voire aucune. Chez ces patients, le risque de certains effets indésirables graves – œdèmes et hémorragies cérébrales – est plus faible que chez les personnes possédant deux copies du gène ApoE4. En Suisse, Kisunla est utilisé pour ralentir la progression de la maladie d'Alzheimer chez les adultes présentant une accumulation excessive de protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau et qui, en raison de la maladie d'Alzheimer, présentent soit un trouble cognitif léger (difficultés à penser, à se souvenir et à prendre des décisions) soit une démence légère (baisse des facultés intellectuelles) et qui sont porteurs d'une copie du gène apolipoprotéine ApoE4 ou ne sont pas porteurs de ce gène.
Autre avis
Eli Lilly qui commercialise le Kisunla a rapidement riposté. Pour le laboratoire, la méthodologie est biaisée : Cochrane mélange des molécules approuvées avec des candidats qui ont échoué en essais cliniques, ce qui dilue artificiellement le bénéfice observé, selon le média Fierce Pharma.
DOI: 10.1002/14651858.CD016297
Questions fréquentes (FAQ)
Ces médicaments contre Alzheimer, Leqembi et le Kisunla, sont-ils vraiment efficaces ?
Selon cette nouvelle analyse de Cochrane, ils n’apporteraient pas de bénéfice clinique significatif, malgré certains résultats statistiquement positifs dans des études précédentes.
Quels sont les risques associés à ces traitements ?
Les patients traités présentent un risque légèrement accru d’effets indésirables, notamment des œdèmes cérébraux et des hémorragies cérébrales, comparés à ceux recevant un placebo.
Pourquoi les résultats de cette étude sont-ils contestés par certains experts ou laboratoires ?
Certains, comme le laboratoire américain Eli Lilly, estiment que l’analyse mélange des médicaments efficaces avec d’autres ayant échoué, ce qui pourrait minimiser artificiellement les bénéfices réels observés avec certains traitements.
Le 17 avril 2026 (mise à jour 1.1 de l'article). Sources : Keystone-ATS, Fierce Pharma, Swissmedicinfo.ch. Traduit et adapté de l'allemand par Xavier Gruffat (pharmacien, MBA), avec outil de traduction Deepl. Questions fréquentes via ChatGPT, supervision par XG.
Crédits photos: Adobe Stock, Pixabay ou Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch).
